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portrait jeune femme (recto)

Alexandra Neunteufel était une jeune sibérienne, du district de Stretensk, en Transbaïkalie, en Russie, près de la frontière chinoise, où la rivière Chilka  se mêlera avec l'Argoun pour créer le fleuve Amour.

Mon grand-père, Pierre Gortchakoff, aimait à se baigner dans cette rivière, puisque né à Irkoutsk, en 1897, il habitait dans la cité sibérienne où passe ce long fleuve tranquille.

Alexandra et Pierre

 

Pierre-gortchakoff.jpg

s'étaient donc promis l'un à l'autre, mais le premier conflit mondial va emporter leur amour dans le tourbillon de l'histoire !

Pierre, mobilisé dans l'armée russe en 1916, partira sur le front des Balkans, à Salonique, via la France, en 1917, où combattirent deux brigades russes. Ce fut peut-être sa chance, puisqu'il évita les carnages sur le front de l'Est. Engagé dans la Légion Etrangère en juin 1918, il échouera sur le front de Champagne. C'est lors d'une permission à Nice, où il est accueilli par un russe, un certain Mr Soboliev, qu'il apprend la nouvelle de l'armistice. Il assistera, le 14 novembre, à un "Te Deum" en l'honneur de la fin de la guerre, dans la cathédrale orthodoxe de Nice.

Démobilisé au début de 1919, il va échouer à Marseille, cité portuaire, promesse d'un retour dans son pays, par la ligne Marseille-Odessa, comme nombreux de ses amis russes. En attendant le retour vers la mère patrie, il faut palier aux contraintes du quotidien, et mon grand-père va commencer une longue errance laborieuse, de l'usine de la Barasse, à Saint-Marcel, jusqu'à son entrée à l'usine du Cap-Pinède, plus grand centrale thermique de la cité phocéenne, où il restera jusqu'à sa mort, le 6 janvier 1942.

 

carte de service 1933

Pourquoi Pierre qui rêvait de retourner dans sa Sibérie natale, retrouver sa fiancée, Choura, s'est-il définitivement installé en France ? Certainement parce qu'il avait trouvé un travail correct, relativement bien payé, et qu'il avait fondé une famille avec Irène Grisendi, ma grand-mère. 

Pau, Irène et Victorine Gortchakoff, 1926

Le charme méditerranéen de la cité portuaire n'a pas du lui être indifférent, lui qui aimait tellement les activités nautiques, a du être fasciné par la Belle Bleue.

Même marié avec Renotchka, mon grand-père pensa toujours retourner en Russie, avec sa petite famille, jusqu'à la fin des années 20, comme le faisait certains de ses amis, notamment un certain Zintchenko, qui fit le grand-voyage de retour, du Havre à Leningrad, pour atterrir à Odessa. Il écrivait souvent à son ami Pierre pour savoir quand il allait revenir en Russie, avec sa femme méridionale, Irène,  qui se plairait dans la douce Crimée ...Mais mon grand-père ne revit jamais la mère-Patrie, et s'installa définitivement à Marseille, au vallon du Marinier, à l'Estaque, où au début des années 30, il fit construire une petite bicoque sur les flancs des collines de la Nerthe, qui existe toujours !

 

marinier estaque

(petite maison à gauche)

Choura (diminutif d'Alexandra) écrivit pendant longtemps à son fiancé de Stretensk, exilé à Marseille, même lorsque le 24 février 1923, celui-ci se maria avec Irène Grisendi et s'installa:

Traverse du Télégraphe

Butte du Cap Pinède

Marseille.

 lettre-russe-26-1.jpg

De nombreuses lettres d'Alexandra ont été retrouvées, dans les archives familiales, mais mon grand-père, profitant que ses lettres étaient en russe, n'a du jamais en parler à sa femme et à ses enfants.

La jeune femme, désespérée d'avoir perdu son amour de jeunesse, se maria avec un certain Mr Neunteufel, et émigra à Vienne, où elle habitait dans la Gestettengasse 2, à Wien III.

 

Neuntefel-gestettengasse-vienne-wien.jpg

Les missives de la jeune femme diminuèrent en intensité, puis disparurent, avec le temps, chacun ayant choisi son destin, loin de la Russie natale.

Près de 87 ans plus tard, j'exhume du passé cette passion épistolaire, entre les deux jeunes gens, en espérant, pourquoi pas, qu'un descendant d'Alexandra Neuntefel, par le miracle de Google, tombe sur cette bouteille virtuelle, jetée dans l'océan de la toile.

J'ai bien été contacté, par rapport à mes articles,  par un arrière-petit-fils de Basile Koutchenkoff, un ami à mon grand-père décédé en 1932, et, plus récemment, le 24 décembre 2010, par Enrique Alonso Veintimilla, russe d'origine espagnole, né en 1938, à Moscou, fils de José Veintimilla, le brigadiste du Marinier qui échouera à Moscou, en 1937, puis passera 10 ans dans les camps de Staline !

Les voies du net sont impénétrables ! 

Un petit final, avec les Moulins de mon coeur, chanté par Michel Legrand, BO du film L'Affaire Thomas Crown, avec Steve Mc Queen.

 

 

 


Tag(s) : #Pierre Gortchakoff

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