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La révolte d'une partie de la population syrienne, commencée il y a 18 mois, dans le sillage des "révolutions arabes", est toujours d'actualité. Bachar el-Assad, le président syrien, ne lâche pas le morceau. Mais il faut dire que ce dernier, membre de la communauté alaouite, une branche du chiisme, très minoritaire dans le pays, sait très bien ce qu'il arrivera aux alaouites, en cas de chute du régime. Les sunnites, majoritaires, feront payer à cette communauté plus de 30 ans d'humiliation !

Successeur de son père, Hafez el-Assad, qui prit le pouvoir, en 1970, à la faveur d'un coup d'état, le régime s'est maintenu grâce à un système policier répressif toujours à l'ouvrage, faisant de la Syrie un régime très autoritaire. Le "lion de Damas", s'était surtout appuyé sur les minorités constitutant le pays, les chrétiens d'orient, les druzes, les alouites, les ismaéliens, les kurdes ou les tcherkesses, contre la majorité sunnite, formant 60 % de la population syrienne.

Hafez s'était fait le héraut de la lutte contre Israël, essayant de fédérer les autres pays arabes derrière lui, pari manqué, puisque l'Egypte et la Jordanie avaient enterré la hache de guerre contre l'Etat juif, laissant la Syrie bien esseulé. Il faut dire que les guerres israélo-arabes de 1967 et de 1973, s'étaient très mal passées pour les syriens, battus à plate couture, et perdant le plateau du Golan, lors de la guerre des Six-Jours, annexé par Israël depuis 1981.

Les chiites alaouites s'étaient alors retournés vers les chiites iraniens, au début des années 80, pour constituer un axe Damas-Téhéran, avec la bénédiction de Moscou, qui avait débouché sur la constitution du Hezbollah, au sud-Liban, groupe religieux férocement anti-israélien.

Aujourd'hui, le cas syrien dépasse donc les enjeux purement "démocratiques" d'un peuple face à son dictateur. Si la révolte des syriens reste légitime, pour terrasser un régime autoritaire, il n'en reste pas moins que des enjeux stratégiques se profilent, en filigrane :

- on peut voir dans cette révolte, une tentative de l'Arabie Saoudite et du Qatar, l'axe sunnite, de déstabiliser l'axe chiite Téhéran-Damas. Le pays étant majoritairement sunnite, la Saoudie peut aisément trouver des soldats contre le régime syrien et y imposer, après sa chute, un régime islamiste ami.

- la Russie de Poutine

 

poutin lol

fait de la résistance à une intervention internationale. Elle s'inscrit dans une alliance avec la Syrie qui remonte à l'époque de la guerre froide, puisqu'elle dispose, dans le pays, de la base navale militaire de Tartous. En soutenant Bachar el-Assad, elle s'oppose aussi à l'annexion de la Syrie par des islamistes à la solde de Ryad, qui seraient plutôt pro-américains et essaie de garder le dernier allié au Moyen-Orient, depuis la chute de Saddam. Enfin, elle essaie de maintenir l'axe chiite passant par Téhéran et Damas farouchement opposé à la politique américaine.

- la discrétion d'Israël sur le cas syrien reste un mystère plutôt logique !

 

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En effet, il serait normal que Tel-Aviv se réjouisse des problèmes de son ennemi historique, grand soutien du Hezbollah de Nasrallah, farouche adversaire de l'Etat juif. Mais Israël préfèrera certainement l'adversité "molle" d'un Assad, un chiite isolé parmi les sunnites et donc peu susceptible de s'entendre avec le Hamas palestinien, assez peu virulent sur le problème du plateau du Golan, et qui réprime avec force les mouvements islamistes dans son pays plutôt que de se voir confronté à un régime islamiste d'obédience sunnite générateur de conflits futurs.

Bref, le régime syrien, malgré son opposition historique à Israël prend le visage d'un "bon ennemi", facteur d'une relative stabilité dans la région et qui a le mérite d'une clarté obscure aisément déchiffré par les israéliens. Pour l'Etat juif, il vaut mieux un ennemi bien connu qu'un ennemi incertain et le futur de la Syrie post-Assad s'annoncera bien chaotique !

 La Syrie, mosaïque de peuples et de confessions religieuses n'a tenu que par la poigne de fer imposée sur le pays par la dynastie Assad. La chute de ce dernier pourrait ouvrir la boîte à Pandore du communautarisme, débouchant sur une guerre civile à la libanaise qui pourrait déstabiliser la région pour longtemps. C'est pour ça, que la communauté internationale reste très prudente quant au cas syrien, car la "démocratie" chaotique qui succéderait à la dictature syrienne pourrait être un remède pire que le mal Assad !

 

Pour mieux comprendre la réalité syrienne, ce documentaire passé sur Arte.

 


Tag(s) : #Actualité

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