Nous ne nous voyons pas vieillir, engoncé dans notre enveloppe corporelle qui défie le temps et qui nous laisse dans une toute puissance narcissique. Mais si nous restons droit dans notre esquif temporel, d'autres se noient dans l'océan du temps. Cette liste me rappellent ceux qui ont croisé mon chemin et qui ne sont plus de ce monde, partis dans les étoiles.
Philippe Migadel est ma première rencontre avec la mort. Je connaissais son frère, qui jouait au club de basket de Pertuis dans lequel mon frère et moi, jouaient. En janvier 1976, il s'est pendu, parce qu'il avait eu une récrimination scolaire.
Teddy Liger (1965-1984), décédé d'un accident de la route, à Rognes, un 9 décembre 1984. Quelques heures avant, le samedi 8 décembre, je l'avais croisé à une fête à Châteauneuf-le-Rouge, pas loin d'Aix-en-Provence. Nous avions bu un coup ensemble. Le lundi 10 décembre, dans la cour du lycée Emile Zola d'Aix-en-Provence, je m'aperçus que des amis à lui étaient en pleurs et , en m'informant un peu, j'appris que Teddy était décédé dans la nuit du samedi au dimanche, d'un accident de voiture. Je l'avais connu, enfant, au catéchisme, à Pertuis, dans les années 70, où mon père avait un commerce (la coopérative agricole provence languedoc ou CAPL), avenue Maréchal Leclerc puis, dans la zone commerciale. Lui venait de Cadenet, petite commune près de Lourmarin, où est enterré Albert Camus. Nous nous étions retrouvés au lycée Emile Zola, à Aix, jamais dans la même classe, mais souvent au baby-foot ! Lorsqu'il a eu sa voiture, il a pu me prendre alors que je faisais de l'auto-stop, pour rejoindre le lycée. Dans sa Simca Solara rouge, je me souviens qu'il conduisait avec fougue et ne mettait pas sa ceinture de sécurité ...ce qui lui a été fatal, dans cette nuit du 8 au 9 décembre 1984. 41 ans plus tard, je me souviens encore de son flegme britannique, de ses cheveux blonds mi-longs et de son humour à la Desproges.
Laurence Ventre (17 mars 1966 Nîmes-23 octobre 1986 Aix-en-Provence) était une connaissance du lycée Emile Zola à Aix-en-Provence. Une jeune femme charmante que j'avais invitée à une fête, chez mes parents, en 1985. Quelques mois plus tard, elle était tuée par son petit ami, qui l'avait assomée et mis sur la voie ferrée, inconsciente. Elle a été écrasée par un train. Son tueur avait condamné à une longue peine de prison. Je me rappelle que ma petite amie de l'époque, Sandrine Rossignol, m'avait annoncé sa mort, en pleurs ! A l'époque, j'avais été sidéré par cette affaire sordide !
Gérald Guichard (31 octobre 1967- 19 novembre 1987 Les Milles), un jeune aixois qui s'est tué en moto, aux Milles, en oubliant un dos d'âne posé peu avant ! On s'était connu par Guillaume Fauque, un ami de seconde au lycée Emile Zola, à Aix-en-Provence, en 1983. On avait fêté un réveillon du jour de l'an chez Guillaume, au début de la route de Loqui, aux Milles, distribué des programmes aux millois, pour la fête du village. Je me rappelle que lorsque Le retour du Jedi, de G.Lucas, est sorti en salle, j'étais allé au cinéma Renoir, sur le cours Mirabeau, à Aix-en-Provence, et je t'avais vu dans l'immense file d'attente. Tu étais rentré dans la salle, moi, non ! J'avais du attendre la séance suivante. C'est Guillaume qui m'avait informé de ton décès, à la fin des années 80. Quand, l'automne 2020, je suis allé photographier les tombes du cimetière des Milles, pour le site "Sauvons nos tombes", je suis tombé sur ta photo et ton nom, ce qui m'a rappelé de bons souvenirs et m'a rendu triste ...tu es parti si jeune !
Jean Bertinaria (1937-1989) était un collègue à mon père, qui tenait le dépôt de la CAPL à la Tour d'Aigues. Très bon joueur de foot, dans sa jeunesse, "Jeannot" était très sympathique.
Jean-Claude Pouzalgues (1947-1995), professeur puis inspecteur de Lettres-Histoire, auteur de livres scolaires, il fut mon professeur à l'IUFM en 1994. Pour un prof de français, il avait un physique de rugbyman dans un univers très féminisé. Pour l'anecdote, j'avais fait un mémoire sur la grammaire, durant ma formation, concernant la "Phrase complexe", sujet chiant à souhait. Il m'avait interpellé, lors d'un cours, comme quoi mon travail n'était pas fameux alors qu'il l'avait lu à Venise !
Pascal Charbonnier (1966-1996), c'était mon pote de seconde, au Lycée Emile Zola, à Aix-en-Provence, en 1981. Par la suite on s'est perdu de vue, il n'y avait ni téléphone portable ni réseaux sociaux, à l'époque. Mais je connaissais ses parents, son père était gendarme et ils habitaient à la caserne de gendarmerie du Val Saint-André, à Aix. On était allé voir un match de foot de l'OM, en janvier 1982, au stade Vélodrome. Lorsque j'avais organisé une "boum" en 1982, chez mes parents, au 455, route de Roquefavour, Pascal et son frère m'avaient aidé. On s'était retrouvé à Risoul, station des Hautes-Alpes, l'hiver 1982 et je me souviens de la monumentale gamelle qu'il avait prise en descendant une piste ! Mi-août 2025, soit près de 40 ans après, je rencontre un élève de cette seconde, Michel Leveau, au Bar Forbin, à Aix-en-Provence. Nous parlons des élèves de la classe et il m'apprend que Pascal se serait suicidé, il y a bien longtemps ! Cette nouvelle m'a scié, car il n'avait pas du tout le profil d'un suicidaire, en tout cas, adolescent. Joyeux, rigolard, déconneur, Pascal était l'antithèse même du dépressif ...Mais début mai 1996, alors qu'il était marié, avec deux enfants en bas-âge, instituteur de profession à Roquebrune-sur-Argens, il a fait un "raptus suicidaire", a échappé à la surveillance de ses proches, a parcouru 80 kms jusqu'à la Palud-sur-Verdon, où il s'est jeté d'une falaise !!
Jean-Claude Roux (1971-2001), décédé à Cucuron, le 9 août, dans un accident de voiture. JC, ce grand dadet, ce sont les soirées avec Didier et Ben, dans un bar de Lourmarin, chez Thierry, le vendredi et samedi soirs. C'était des discussions sans fin sur les mérites et les défauts de tel cinéaste, car la cinéphilie était notre passion et ce paysan-poète avait l'analyse acérée et le gosier souvent asséché ! Comme mon pote Teddy, il ne mettait jamais de ceinture de sécurité lorsqu'il montait dans une voiture, je lui avais d'ailleurs fait la remarque, un soir. Sur une route sinueuse entre Cucuron et Lauris, la voiture conduite par une amie est sortie de la route et a percuté un arbre ...et JC a traversé le pare-brise.
Gérard Saccone (1950- 15 novembre 2004) est parti après une longue maladie, à Marseille. Il fut mon professeur de droit constitutionnel à l'IEP d'Aix-en-Provence, l'année 1986-1987, en TD et il nous avait conseillé de "collectionner les mots", comme Marcel Pagnol, qui avait été séduit par le terme "manivelle" , dans La gloire de mon père"l et j'avais suivi son conseil. Bridgeur émérite, il s'intéressait aussi aux échecs.
Robert Piperaud (1943-2005), était professeur en technologie du bâtiment au lycée Professionnel Vauvenargues, à Aix-en-Provence. Je l'ai connu au lycée alors que j'étais professeur de Lettres Histoire, arrivé en septembre 2001, du lycée Saint-Exupéry, à Saint-Raphaël. Robert était calme, souvent silencieux, comme s'il portait un fardeau qui le minait. Il s'avère qu'il avait un fils schizophrène, et qu'en 2005, il s'était suicidé en se défenestrant. Le 9 mai 2005, dans sa villa à Fuveau, lors du long week-end du 8 mai, il se donna la mort en se tirant une cartouche dans la bouche.
Valérie Signani (1966-2005), est décédée le 17 juin 2005 à Saint-Remy-de-Provence. Dépressive, elle séjournait à la Maison de Santé Saint-Paul où elle a mis fin à ses jours. C'était une amie d'Eulalia Vasquez, elles s'étaient connues au Collège des Prêcheurs, fermé aujourd'hui, à Aix-en-Provence, à la fin des années 1990. A l'époque, je vivais avec Eulalia et nous rencontrions souvent Valérie avec son compagnon, Philippe Darbon, un ingénieur informatique. Nous avions été invités à leur mariage, l'été 2001. Puis, en 2002, Valérie a décidé de couper les ponts avec Eulalia, sans explication. Et nous nous sommes perdus de vue. Quelques années plus tard, en faisant des courses au Carrefour des Milles, nous croisons Philippe Darbon avec une nouvelle compagne qui ressemblait étrangement à Valérie. Nous l'abordons pour avoir de ses nouvelles et lorsque nous lui demandons que devenait Valérie, il nous indiqua qu'elle était décédée. Un peu plus tard, lors d'une fête de la musique que nous passions à Aix-en-Provence, au Bar Le Gaulois, près de la cathédrale Saint-Sauveur, nous rencontrons une amie à Eulalia, Michèle, qui travaillait à l'intendance au collège des Prêcheurs. C'est elle qui nous appris que Valérie s'était suicidée. Cette nouvelle nous a choqué mais ne m'a pas spécialement surpris.
Catherine Laude (1957-24 juin 2007), était l'assistance sociale du lycée professionnel Vauvenargues, à Aix-en-Provence, où je travaillais. C'était une jolie blonde, souriante et discrète, qui passait inaperçue. Alors que je corrigeai le Brevet des Collèges au collège Arc-de-Meyran, à Aix, un collègue m'appris que l'assistance sociale s'était suicidée alors qu'elle était mère de 3 enfants ! Catherine est partie avec ses secrets, dans un acte radical qui m'a semblé incompréhensible !
Jean-Christophe Basaille (1958-19 octobre 2007) était un arbitre international du jeu d'échecs. Je l'ai connu en jouant des tournois d'échecs et notamment les championnats de France d'échecs que j'ai joués à Auxerre (1996), Narbonne (1997), Méribel (1998) et Besançon (1999). C'était un arbitre connu par ses pairs et un dirigeant de la Fédération. Il est décédé d'une chute.
Thierry Foissez (1958-18 mars 2008) était le président de l'Echiquier Niçois. Il organisait des opens d'échecs dans des hôtels prestigieux, à Nice. J'en avais joué deux, à l'hôtel Martinez, à la fin des années 90, et les conditions de jeu étaient parfaites ! Il tenait aussi un site sur l'actualité échiquéenne qui faisait référence dans le monde francophone. Je l'avais croisé dans son club, à Nice, quand je jouais des parties par équipes avec mon club d'Aix-en-Provence. Il était toujours dans un petit bureau, sombre, fumant clope sur clope, et commentant l'actualité internationale sur le site de l'Echiquier Niçois. Il est décédé d'une crise cardiaque.
Bruno Etienne (06 Novembre 1937 La Tronche-04 mars 2009 Aix-en-Provence) fut mon professeur de sciences politiques à l'IEP d'Aix-en-Provence de 1986 à 1989. Politologue, spécialiste de l'islam, c'était un prof inclassable, très charismatique, que ses étudiants adoraient ! Il fut un des premiers à écrire sur l'islamisme radical, en 1987. Il est décédé d'un cancer.
Driss El Hazime (1952-2009). Tu étais né à Meknès, au Maroc, et ta mère, femme de ménage qui travaillait pour la directrice de l'école française dans cette ville, t'as fait remarqué pour tes talents en sciences. Tu as donc étudié, enfant et adolescent, au collège et au lycée français de Meknès. Puis tu es parti étudier en France, à la fac de sciences de Marseille et tu es resté en Provence. Prof de maths, tu es devenu, mais, malheureusement, alors que tu enseignais au lycée Cézanne, à Aix, tu as été frappé par un AVC, au début des années 2000, qui t'as laissé handicapé. Je t'ai connu car, malgré ton handicap, tu avais été nommé au lycée pro Vauvenargues, toujours à Aix. On s'est tout de suite bien entendu. Malgré tous tes malheurs, tu avais encore la pêche et nous rigolions bien ensemble. On t'emmenais chez Isabelle Roux, qui organisait des fêtes, à Luynes, et tu nous régalais de tes boulettes. Mais malgré ton énergie, tu souffrais en silence de ton handicap, avec un bras paralysé, qui limitait tes activités, toi, qui avait été si actif ! Et puis un deuxième AVC t'as achevé. Avec Isabelle, nous étions allés à tes obsèques. Je garde le souvenir d'un homme intelligent, plein d'humour, rigolard, qui aimait vivre.
Serge Touboul (1953-2012). On s'était connu au lycée Saint-Exupéry de Saint-Raphaël, de 1995 à 2001. Tous les deux nous étions profs de Lettres-Histoire au lycée Pro. Tu habitais Boulouris avec ta femme, Christiane, et ton fils Thomas. J'étais d'ailleurs allé manger chez toi. Toujours de bonne humeur, tu étais un militant socialiste sur cette terre de droite et tu savais très bien que tu ne serais jamais élu. Et puis, en 2001, j'ai été nommé au lycée Vauvenargues à Aix et on s'est perdu de vue. Quelques années plus tard, sachant que j'allais passer dans le Var, je me mis à chercher ton numéro de téléphone, que j'avais perdu, pour passer te voir. Or, en cherchant sur internet, je tombai sur un avis d'obsèque concernant un certain Serge Touboul. Joignant le responsable du PS à Saint-Raphaël, il me confirma ton décès. Un peu plus tard, un ami commun, Lamri, prof de Lettres-Histoire au lycée Zola, qui t'avait connu à Mayotte, m'apprit que tu etais mort, foudroyé par la foudre sur une plage de l'île de Mayotte !!
Jacques Bourdon (18 janvier 1946 Florac-30 octobre 2015 Marseille) fut le directeur de l'IEP d'Aix-en-Provence lorsque je fus étudiant (1986-1989). Juriste, spécialiste des collectivités locales, sous un air très sobre et rigide, c'était un homme qui avait du coeur. 14 ans plus tard, alors que je faisais grève contre la réforme des retraites et que nous nous étions invités à la faculté de droit d'Aix-en-Provence, il nous avait fait face, courageusement, pour nous foutre dehors ! Je garde un bon souvenir de cet homme à l'apparence austère.
Grégory Lintz (1986 Cognac-31 mai 2022 Aix-en-Provence) était mon beau-fils. J'ai vécu avec sa mère, Eulalia Vasquez, de 1999 à 2015, mais j'avais toujours gardé le contact avec Grégory, qui vivait avec Laëtitia depuis 2012. Electricien et plombier de formation, il a surtout travaillé dans la restauration, en faisant des saisons à Risoul (2007-2008), Valloire (2009), Les Menuires (2010), Flaines (2012). Installé avec Laëtitia à Bouc-Bel-Air, en 2013, puis aux Pennes-Mirabeau, il va, pendant 10 ans, faire diverses boulots, dont la gestion d'un restaurant Tex Burger à Plan de Campagne. Il a eu un petit garçon avec Laëtitia, en 2018, Victor. Début 2022, le couple se sépare, et Gregory vient vivre chez moi, aux Milles. Tout à l'air de bien se passer. Il a un bon job, une nouvelle amoureuse, Aurélie, qui habite Lézignan, près de Narbonne. Mais tout ça n'est qu'illusion et le 31 mai 2022, chez moi, il se donna la mort par pendaison !
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