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Pierre Gortchakoff et des collègues de travail

 (Pierre, deuxième, debout, à partir de la droite, posant dans les ateliers de l'usine du Cap Pinède.)

Démobilisé le 23 février 1919, alors qu'il était dans un régiment de la Légion Etrangère, en Allemagne, avec la 1ere Division Marocaine, mon grand-père, Pierre Gortchakoff, échoua à Marseille, avec 110 francs en proche, et l'espoir fou de retourner en Russie, sa mère patrie.

Après un passage vers Pélissane, près de Salon-de-Provence, dans une scierie, Pierre fait la connaissance d'une italienne qui lui trouva un travail à l'usine électro-chimique de la Barasse, vers Saint-Marcel, sur la route d'Aubagne. L'établissement fabriquait de l'alumine avec la bauxite du Var,  qui, après électrolyse, se transformait en aluminium. Elle était la propriété d'Henry Gall, qui avait fondé sa société d'électro-chimie en 1899, et avait fait construire l'usine en 1908, près de la ligne ferroviaire Marseille-Nice, par où  le minerai arrivait directement.

Pierre y travaillera du 8 mai, au 8 septembre 1919, en recevant des nouvelles de quelques amis russes, notamment un certain Nicolas Kirnikoff, compagnon d'infortune !

 

Kirnikoff.jpg

      Il a pu louer une chambre juste à côté de l'usine, pour 50 centimes la journée. Mais restait très seul dans sa petite chambre, se distrayant à regardant les moineaux voleter, comme il le narre dans son Journal.

 Le travail fini, il sera de nouveau à la merci des  petits boulots, un jour sur les ports, à décharger les cargaisons, un autre dans quelques usines qui embauchaient à la journée, comme les Etablissements Mallet. Heureusement que les amis russes étaient là, évoquant régulièrement le pays, espérant y retourner bientôt et qu'ils fréquentaient quelques bals populaires, notamment avec Jean Sinitzki, un certain 29 juin 1919, à Saint-Marcel. Mais Pierre se sentait désespérément seul, loin de sa famille, dans un pays dont il maîtrisait mal la langue !

 

pierre-gortchakoff-assis.jpg

Heureusement, avec ses 5 amis russes, connus à la Légion, il se fit embaucher à la PLM, la Compagnie des Chemins de Fer de Paris à Lyon et à la Méditerranée, plus grande compagnie ferroviaire européenne, qui avait fait florès en desservant la Riviera française pour les riches anglais en mal d'exotisme, dans le célèbre Train Bleu, qu'avait immortalisé Agatha Christie !

 

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Il travaillera au dépôt d'Arenc, sous la direction de Portal Théophile, du 11 novembre 1919 au 30 avril 1920, près de sa modeste chambre, située au 288, avenue d'Arenc, où son ami Grisha lui écrivit, de Pélissane, un certain 30 décembre 1919. Décembre 1919, un quatrième Noël loin des siens, qu'il fêtera avec ses amis slaves, dans la cité phocéenne.

La grande affaire du Printemps 1920, seront les grèves qui frapperont la PLM. Pierre relate dans son Journal, qu'une grève avait éclaté dans son dépôt d'Arenc, le 25 février 1920,  suite à une action nationale prise pour protester contre la mise à pieds de trois syndicalistes, Jean-Baptiste Campanaud, de Périgueux, Célestin Veyrun d'Avignon, et le niçois Honoré Séméria. Ce jour-là, à 14 h 30, alors qu'il assistait à une assemblée générale des cheminots, avec ses amis russes, ils furent applaudis par le cheminots français, au cri de "Vive la Russie" !

Le 27, tout le monde alla manifester, mon grand-père agitant le drapeau rouge dans cette ferveur ouvrière.

 

cheminot greve 1920

 

 

 

Le soir, éreinté, il eut le plaisir de recevoir une lettre de Stretensk, d'un des membres de sa sibérienne famille.

Mais Alexandre Millerand, nouveau président du conseil, 

 

Millerand.jpg

ancien socialiste et néo-conservateur, ne cèda pas aux cheminots, et en fit renvoyer 14 000, dont Pierre et ses amis, encore une fois à la rue !

Le jeune homme reprit sa vie d' errance, à la recherche d'un boulot d'un jour, qu'il trouvera dans une société de peinture marine, les Etablissements Julien. La situation était grave, dans son Journal, mon grand-père parle de la faim qui le tenaillait, mais la solidarité de ses amis russes , Basile,

 

gortchakoff kotchenkoff

(Basile Koutchenkoff et Pierre Gortchakoff).

 

Jean, Paul, Grisha et les autres, enfants perdus de la première guerre mondiale, l'aidait à tenir le coup !

Un nouveau travail se présenta à lui, chez un notable marseillais qui habitait, 475, rue Paradis. Pendant quelques mois, il sera son valet de chambre et son jardinier.

Et puis, comme le précise la lettre du notable de la rue Paradis, Pierre, en octobre 1921, trouva un travail mieux payé, à l'usine du Cap Pinède, une centrale thermique appartenant à la Compagnie d'Electricité de Marseille, avec Basile Koutchenkoff.

 

electricite-marseille-cap-pinede-koutchenkoff-gortchakoff.JPG

 (Pierre, 3eme, debout, à partir de la gauche, Basile, tenant la pelle, assis, avec sa casquette. Source : collection famille Koutchenkoff/Camper)

L'usine du Cap Pinède, surnommée les "8 cheminées",

 

cap-pinede.JPG

 

fut édifiée en 1905, et entra en service en 1906, elle fut la plus grand centrale thermique de Marseille, recevant le lignite de Gardanne par la "Galerie de la Mer", longue de 15 kilomètres, dans laquelle des locomotives à vapeur chargent le charbon pour alimenter les chaudières de l'usine phocénne.

Mon grand-père n'allait plus quitter le Cap Pinède,

 

carte de service 1933

 

 

et la Compagnie de l'Electricité de Marseille, jusqu'à son décès, en janvier 1942.

 

Carte-professionnelle--elec-Marseille--P.Gortchakoff--1941.jpg

 

Or, en face de l'usine, une certaine Linda Grisendi, venue d'Emilie-Romagne, à la fin du 19eme siècle, avec son mari, Aderito,

 

Linda Munarini et Aderito Grisendi, 1944-1945, Marinier

 

 

tenait une baraque où les ouvriers venaient casser la croûte ...et Linda avait trois filles à marier ...

 

Linda Munarini et ses 3 fille, 1942-43

 

Mais ceci est une autre histoire ...et avec le temps, tout ne s'en va pas ...

 

 

 

 



Tag(s) : #Pierre Gortchakoff

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