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(André Samat au Restaurant Lou Garagaï, à Saint-Marc Jaumegarde, le 22 avril 2007)

Beaucoup de monde avait rempli l'Eglise Saint-Louis, ce jeudi 14 janvier, à Marseille, pour rendre un dernier hommage à leur ami, leur oncle, André Samat, qui nous avait brusquement quitté lundi 11 janvier, dans l'après-midi. Un jour triste, avec un ciel bas et lourd, du froid et de la pluie. J'avais tenu à écrire une sorte d'oraison funèbre, pour rendre un ultime hommage à mon "Tonton" qui avait tant marqué mon enfance. Dans cette Eglise glaciale, que la bise marine tranperçait, ce n'est pas sans émotion, aidé de mon cousin Lionel, que j'ai lu ce texte (...que j'ai étoffé pour le blog, mais l'esprit en reste le même).

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(Lionel et moi, en 1984, lors du réveillon noël au Bastidon, avec quelques kilos en moins !)
 

Tu es parti sur la pointe des pieds, un lundi encore enneigé, juste après les fêtes de noël, comme si tu avais profité, dans un dernier pied de nez, de la bonne chère qui t'était si chère, avant de faire ta révérence, à ce monde que tu as tant goûté.

Tu étais né à Marseille, il y a 76 ans, et même si le malheur t'avait frappé bien jeune, en perdant ta maman, tu avais gardé cet esprit enjoué et joyeux que tout le monde te connaissait. La Dordogne , durant la guerre, à Eymet, dans le Périgord vert, où la compagnie des vaches t'avait définitivement fâché avec le fromage et réconcilié à jamais avec la viande rouge.

Comme ton père qui était chevillard, et ton frère Gugu, tu étais rentré dans la filière viande, une institution familiale, qui te faisait te lever si tôt, au petit matin. Le petit André de la Calade avait des voisins qui se nommaient Gortchakoff,

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(Ma mère, Jeanne, OdettePierre Gortchakoff et Jacky Falette, sur l'escalier de la maison du Marinier)

 avec une belle fille qui t'avait tapé tout de suite dans l'oeil, Odette,

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une vraie forteresse défendue par un gardien implacable, sa mère Irène, qui veillait farouchement à sa progéniture.

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(Ma grand-mère Irène accompagnant ma mère Jeanne, à une prise de sang, en 1951)



Mais à un Samat, rien d'impossible, et comme Lagardère, tu étais monté, gaillardement, à l'assaut de la belle du Marinier, amadouant la future belle-mère avec des paroles pleines de témérité. Ce n'était pas Irène, fut-elle d'un caractère bien trempée, qui allait t'impressionner, après avoir passé 30 mois dans les déserts autour d'Alger.

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Le mariage fut donc prononcé,

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et, 51 ans plus tard, et après de belles noces d'or,

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Odette
est toujours là et toi tu t'en es allé par un beau mois de janvier.

Tonton Dédé et Tatie Odette,

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(Dédé, Odette, mon père et ma mère)

 
que de destinations estivales ont enchanté des générations de nièces et de neveux, au bord de la Simca 1100

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ou de la Renault 12 grise.

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Anthéor  et sa jolie baie, traversée par ce majestueux viaduc ferroviaire,


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 (Antheor 1969)

 et le camping du Viaduc, lieu de villégiature estivale pour la famille, dans les années 60.

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(Dédé avec mon oncle Jo, disparu en 1994. Au premier plan Gilles Auquié)

Saint-Malo
avec la barbarelle carnivore, le Mont-Saint Michel et la mère Poulard

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(Lionel Gortchakoff et son parrain, devant le Mont-Saint-Michel)

 l'Ardèche avec Dédé Piloné et la fameuse « rabaille » de vos boulistes d'adversaires, les plages de Santa-Pola et les illuminations féériques d'Elche, les cochons corses avec qui tu aimais couiner pour amuser les enfants. Vacances où tu piquais des roupillons mémorables, avec des siestes rythmées par le vacarme de tes ronflements interminables qui faisait dire à Odette le fameux « Chou tu ronfles » !

Toujours disponible pour une partie de pêche, sur la barquasse de l'Estaque, avec Pierrot,

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et ce fielas géant qui avait failli couler le frêle esquif, à Corbières pour taquiner la girelle et le pageot, au Tamaris pour le roucaou et le sar, sur les quais de Somati pour caler au loup !

Et puis il y avait Risoul, avec tes skis en bois interminables et ton bonnet à l'ancienne,

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(Marie-José, Dédé, Odette et Gisèle à Vars, dans les années 60)

 les parties de contrées mémorables avec ton Pierrot de partenaire, à qui tu fendais le coeur avec ta Gauloise au bec. C'est dans cet appartement, qu'adorait Momon, ton frère jumeau, que tu as tant choyé, que tes neveux et nièces, qui te balançaient, parfois, quelques boules de neige,

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(Dédé avec sa nièce, Nadège Gortchakoff, Risoul février 1992)

ont connu les joies de la poudreuse.

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Il y avait aussi le Dédé épicurien, au vaillant coup de fourchette et au gosier bien sec,

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 (Dédé et Mr Martinez, découpant le mouton à Calas)

qui aimait les grandes tablées familiales,

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(Repas à Lascours, chez Hélène et Jo, dans les années 60)

et la pizza aux anchois de chez Tony, après nous avoir amené au cinéma (je me souviens d'ailleurs très bien que le 11 mars 1978, nous étions allés au cinéma voir Rencontres du 3eme type de Steven Spielberg ...Je me rappelle bien de la date car c'est le jour de la mort de Claude François !), le ragoût de morue de sa belle-mère, Irène, les gargantuesques repas au Deffend, avec ses amis chasseurs, à Lamanon ou la fondue bourguignonne que nous mangions à Lambesc, tous les premiers mai.

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(Dédé, Hélène, Gilbert et Dédé Piloné, son ami d'enfance, décédé en 2008. Lambesc 1er mai 2007)

 Gourmand, tu l'étais, avec des montagnes de chantilly agrémentant tes desserts,et les crèmes au chocolat pouvaient frémir lorsque tu les regardais,

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 (Au bastidon en 1997, pour fêter ses 64 ans)

 je me souviens, d'ailleurs, d'une crise de foie mémorable, à Bergerac, après que tu ais ingurgité un litre de crème chocolatée ! Et cette bouillabesse à l'Epuisette, célèbre restaurant sur la Corniche, offerte par un ami chanceux aux courses, avec tes collègues de l'abattoir, qui ne vous avez guère rassasié, puisqu' hélant le serveur pour rajouter quelques bavettes bien saignantes ! Ca faisait cher la barbaque mais vos estomacs ne pouvaient se satisfaire d'une telle bouillie-besse, et on ne transigeait pas avec les repas, chez les Samat ! Il y avait, aussi, les nombreuses fêtes avec les collègues, le Dédé danseur,

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Marie-Louise et Dédé, respectivement marraine et parrain du petit Lionel, entamant un pas de danse, lors de la cérémonie du baptême, en 1972

le Dédé fakir,

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et le Dédé "Moulin Rouge" !

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(Reveillon 1972, avec les amis des milles)

Et puis il y avait aussi Dédé le farceur, le Tonton Mayonnaise des Arnavaux, qui se déguisait en Père Noël pour émerveiller les enfants, Père Noël qui aimait tant le champagne comme l'avait remarqué le petit Philippe !

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(Mon frère, sur les genoux de ma grand-mère, Irène, avec Dédé-Père Noël sur sa gauche et son frère jumeau, Edmond, à droite, lors du Noël 1965.)
Toutes les générations, de Gisèle à Perrine, de Philippe à Lucas, ont connu le Tonton Dédé,

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 mimant la déception de recevoir des patates, en guise de cadeaux,

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(Nadège et Caroline)

 amusant la galerie enfantine de ses facéties joyeuses, avec ses cinq doigts qui se muaient en galamoute, attirant les enfants comme une lumière les papillons. Toutes les têtes blondes se dirigeaient vers ce visage bonhomme, au sourire coquin et au clin d'oeil complice, qui respirait la bonté et la joie de vivre.

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 (avec sa nièce, Nadège, en février 1988, dans le studio de Risoul)

La retraite ne t'avait pas pesé, parcourant le monde, de Djerba au Sri Lanka,

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des fjords norvégiens au rif marocain,

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du stade vélodrome au boulodrome, de la petite reine à la fille de mamie Irène.  Mais il faut dire que tu avais le goût des voyages depuis longtemps, puisque dès les années 60, avec ta Simca 1000, avec Odette et mes parents, vous étiez partis à l'aventure sur les routes italiennes, goûter aux joies de la dolce vita !

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(Colisée, Rome, début des années 60)

Mais ce qui t'était sacré, c'était la chasse. Partir avec les chiens, au petit matin, humer le doux fumet de la garrigue, à l'aube, et se promener dans le maquis, attendant ici un lapin, là un faisan, plus loin un perdreau.

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(Roger Giraud, Jo Falette, mon père, Gilbert Giraud, Dédé, et Pierrot)

Même un peu diminué, tu n'aurais jamais manqué une ouverture de la chasse ! Ton tir était moins précis, tes réflexes moins efficaces, ta démarche moins leste, mais le plaisir de gambader dans la nature, de voir travailler tes chiens était un bonheur quotidien ! Tu étais citadin, mais tu n'as jamais oublié ta Dordogne familiale, et tu préférais cette terre qui ne ment pas à ces centre-ville que tu n'aimais pas.

Les dernières images que nous avons de toi, c'est chez mes parents, au Bastidon, au réveillon de Noël, à côté de Guy et de Pierrot

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chantant, pour une dernière fois, le "Petit Papa Nöel" de circonstance, pour recevoir tes cadeaux,

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et écoutant, Hélène chantant les "amants de Saint-Jean".

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 Le lendemain,  tu t'étais régalé d'une brochette de grives, que tu mangeais chaque année aux Milles, te pourléchant les babines de ce délicieux volatile que tu frottais ardemment sur une tranche de pain grillé ...et ce dernier repas partagé en famille, le 1er de l'an, à Lascours, où tu fis leur fête à quelques langoustes.

J'ai comme l'impression que tu as attendu ces mets délicieux avant de t'en aller, comme si tu voulais, une dernière fois, partager en famille, 

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(Entouré des soeurs Gortchakoff, lors de la crémaillère d'Agnès et de Richard, le 12 octobre 2008)

 ces savoureux repas que l'on dégustait pendant les fêtes. Nous aurions bien aimé que ce départ subit soit une de tes farces dont tu nous avais habituées, et qui nous faisaient bien rire.

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Mais je sens que là-haut, tu vas retrouver du monde, et qu'avec ton frère Gugu et Dédé Piloné

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(avec son ami d'enfance, Dédé Piloné, le 1er mai 2007, à Lambesc)

vous allez vous faire de sacrée chasse et de bons gueuletons !

Adieu Dédé, au plutôt au revoir Tonton, car ton souvenir restera, à jamais, gravé dans l'esprit de tes neveux et de tes nièces qui t'ont adoré.

 J'ai une pensée émue pour ma tante, sa femme, Odette,

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 qui a partagé sa vie durant 51 ans et qui pleure, aujourd'hui, le départ de son Dédé chéri, qui repose en paix au cimetière des Aygalades, à Marseille, et qui, si elle en avait la force, chanterait L'hymne à l'amour, pour rendre un dernier hommage à son mari qu'elle a tant aimé.




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