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Leone revisite la légende de l'Ouest. Après sa trilogie des dollars, où il avait cassé le code narratif du western hollywoodien, déjà entamé par Peckinpah, il va nous donner une nouvelle symphonie dans ce film qui est une oeuvre d'art totale. Le réalisateur italien avait déjà pris le contre-pied du western classique qui s'appuyait sur un univers manichéen où les bons et les méchants étaient clairement identifiés et sur des thématiques récurrentes comme la loi, la famille, le travail. Certes, des réalisateurs comme Delmer Daves, dans la Dernière Caravane, comme Ford, dans la Prisonnière du désert, Aldrich dans Bronco Apache, et bien sûr la lance brisée de Dmytrik, avaient déjà remis en cause la thématique du western classique mais sans s'en démarquer formellement.

Chez le cinéaste italien, la forme prime presque le fond ! Les silences, les bruits, ce tempo narratif très "pianissimo", certains parleront de dilatation du temps, ces gros plans qui subliment les regards et résument les hommes dans leur portrait (Leone réintroduit le portrait dans ce film,un Titien des temps modernes !) ou leur regard (Leone avait paraît-il, embauché Henry Fonda pour son regard bleu-azur.) se déploient dans la fabuleuse scène d'exposition inaugurale sans aucun dialogue qui dure plusieurs minutes, dans un temps suspendu et un univers sonore d'un hiératisme total! Pour moi, une des plus belles scènes d'exposition de l'histoire du cinéma ! On peut voir, d'ailleurs, dans le duel inaugural, une sorte de clin d'oeil de Leone au western classique. 2 des outlaws sont joués par Woody Strode, le Sergent Noir, et par Jack Elam un de ses seconds rôles qui a traîné sa face de bouledogue dans nombre de westerns de la grande époque. Le cinéaste italien dans cette scène inaugurale tue un peu le père ...

Tout le film est basé sur le temps, la mémoire ici, et la vengeance. Thèmes très léoniens, puisqu'on les retrouvera dans les deux autres "Il était une fois ...". L'énigmatique Harmonica, le silencieux Charles Bronson se résume au son mélancolique de son instrument, l'Harmonica et à ces flash-back, souvenir douloureux d'une tragédie familiale ! Bronson incarne ici l'antithèse du personnage léonien, mu, la plupart du temps, par l'intérêt et la cupidité. Claudia Cardinale décide de se marier pour assurer ses vieux jours, Henry Fonda est mu uniquement par l'attrait de l'argent, et de la puissance, qui s'incarnent magnifiquement dans Morton, joué par Gabriele Ferzetti.

La puissance évocatrice de Leone se joue sur un triple plan :

- les mouvements de caméra, avec des plans séquences superbes qui figent l'Ouest américain dans son immensité immaculé. Le maître italien a révolutionné la grammaire cinématographique du western, pour moi, il est d'un niveau d'un Welles !

- un thème musical lyrique, concocté par maître Morricone, mélancolique et épique qui charpente l'histoire, et projette le film dans une 4eme dimension, celle du temps perdu ! Je trouve Leone très proustien dans son rapport au temps ! Curieusement, la musique dans les westerns classiques n'a pas de statut propre. Souvent issu du répertoire du folklore américain, elle n'est là, souvent, que pour clore l'histoire. Pour le cinéaste italien, le thème musical est un élément à part entière d'un film et joue un rôle fondamental dans la narration.

- le duel Fonda/Bronson.

Le maître italien a eu une intuition géniale en embauchant le grand Henry Fonda dans un rôle à contre-emploi. Tout le mauvais génie de Franck se réduit à la scène de l'attaque de la ferme où le regard de l'enfant et du tueur se croisent, laissant deviner l'issue fatale de cette rencontre. L'acteur américain avouera, plus tard, que si le film n'avait pas connu le succès attendu, aux USA, c'est que le public américain ne pouvait se résoudre à voir Henry le "gentleman" en tueur d'enfant ! Leone avait besoin de ce regard bleu-azur ! (D'ailleurs lorsque Fonda est arrivé sur le lieu de tournage, il avait des lentilles qui obscurcissait son regard, Leone lui fit vite lever !). Cette scène là va rompre définitivement les amarres avec le western classique.

L'objet de la future vengeance est magnifiquement joué par Bronson, au visage buriné, les yeux mi-clôs, silencieux et énigmatique qui possède un singulier pouvoir d'ubiquité, et dont la présence se signale par le thème musical lancinant d'un Harmonica. Trouvaille géniale de Leone, qui associe un personnage à une musique (procédé qu'il avait déjà utilisé dans la trilogie des dollars, avec la boîte à musique.), renforçant la dimension evanescente d'un Bronson hiératique ! Claudia Cardinale (à noter que le parcours jusqu'à sa nouvelle demeure se fait parmi les majestueux paysages de Monument Valley, clin d'oeil à John Ford.) en péripatéticienne repentie, joue merveilleusement bien cette veuve solitaire, malmenée par les histoires sordides des hommes. Son alter-ego masuclin est joué par Jason Robards, le Cheyenne, bandit au grand coeur si différent de la beauté vénéneuse d'un Fonda ou de la solitude splendide d'un Bronson. Fonda est rongé par le désir de puissance, Bronson par sa quête de vengeance. Seuls Claudia et le Cheyenne ont l'humanité des gens simples. Le personnage de Morton est la version, plus civilisée et capitalistique, de Franck. Morton qui dirige par l'argent, qui pense que tout s'achète et que les valeurs humaines valent peu par rapport au billet vert, sera victime du désir de pouvoir de Franck. On en vient même, dans sa dernière confrontation avec Fonda, à avoir pitié de lui !

La fresque léonienne va se résoudre dans un duel final, quintessence du western, affrontement singulier où les vertus guerrières priment sur la loi. Sublimé par les gros plans, les regards, Leone n'a pas son pareil pour filmer ce genre de scènes (Rappelons-nous le duel final dans Le Bon, la Brute, et le Truand.).

La scène finale, qui voit Claudia Cardinale apporter de l'eau aux ouvriers du chemin de fer, termine ce grand western sur une note d'optimisme. Derrière la tragédie de la vengeance, la vie reprend ses droits.

Merci, Maître !

Tag(s) : #Cinéma

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