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Tous les candidats à l'élection présidentielle sont invités à déclarer leur patrimoine et leur revenu, et celà depuis 1988. Excepté Marie-George, Olivier, Arlette et Dominique, tous les autres sont assujettis à l'Impôt sur la Fortune. Etonnant ? Pas vraiment, pourquoi nos politiques vivraient-ils comme des "clochards", comme diraient mes élèves !

 Dans Libération du 18 janvier 2007, Damien de Blic, chercheur en sciences politiques, auteur d'une "Sociologie de l'argent", analyse les rapports, ambigus, des français avec l'argent. Il souligne que dans tous les pays occidentaux, on trouve des discours critiques sur l'argent, y compris aux Etats-Unis. Il y a une spécificité chrétienne :"Vous ne pouvez servir Dieu et Mammon.", disent les Evangiles. Le christianisme dénonce l'argent et les riches, contrairement aux deux autres religions monothéistes, le judaïsme et l'islam, qui critiquent plus le mauvais usage de l'argent. D'ailleurs chez les juifs, l'argent permet de se libérer des contraintes matérielles et de se consacrer à l'étude des textes sacrés. Le chercheur insiste aussi sur les dangers d'une lecture trop simpliste du fameux livre de Max Weber, l'Ethique protestante et l'esprit du capitalisme. L'argent n'est légitime, chez les protestants, que si il est gagné par une activité professionnelle et fait l'objet d'une certaine ascèse dans son usage (Bill Gates est dans cette pratique !). Mais la Réforme protestante, comme l'Economie politique du XVIIIe siècle qui valorisait les valeurs de commerce contre, celles aristocratiques, de la guerre, ont incontestablement été des moments de légitimation de l'argent.

De Blic souligne la contradiction entre nos activités quotidiennes, tournées vers la recherche de l'argent et cet embarras face à ce même argent. Il existe à gauche, dès les écrits du jeune Marx, une utopie antimonétaire d'une société où l'argent n'aurait pas de place. On y condamne l'argent dieu. Ainsi au Congrès d'Epinay (1971), François Mitterrand dénonçait-il "l'argent qui corrompt jusqu'à la conscience des hommes." Mais cette méfiance vis-à-vis de l'argent existe aussi à droite, directement liée au catholicisme. A la fin de sa vie, De Gaulle ne disait-il pas : "Mon seul adversaire, celui de la France, n'a aucunement cessé d'être l'argent."

D'ailleurs cette malédiction de l'argent a largement disqualifié les juifs, voués au métier de banquier, le christianisme et l'islam, interdisant la pratique du prêt à intérêt ! Le juif a la double malchance de représenter l'élement apatride et cosmopolite, ferment de décomposition pour les xénophobes de tous poils mais aussi l'image du bourgeois rapace et cupide, pour une certaine extrême-gauche (voir notamment la polémique entre Bruno Bauer et Marx) ! A ce titre, sur les Juifs et l'argent, il faut lire l'excellent livre de Jacques Attali, Les Juifs, le monde et l'argent - Essai - Editions Fayard (2002).

Tout celà peut expliquer, en France en tout cas, le tabou que sont les revenus et l'argent.

 

Tag(s) : #Histoire

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