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L'univers du peintre Lucas Cranach l'ancien (1472-1553) fut assez singulier et reflète à merveille les troubles de son époque. Cette période qui voit le Moyen-Age se finir, annonce des temps nouveaux. Les esprits se libèrent, progressivement, de la gangue catholique qui formate les esprits. La redécouverte  de la philosophie et des formes antiques replace l'homme au centre du monde, Prométhée qui se lève pour défier les Dieux. Les arts annoncent ces changements peu perceptibles, et les proportions parfaites du David de Michel Ange sont une promesse de volupté qui tranche avec la statutaire religieuse de l'époque, déclinant à l'infini une Vierge prude et engoncée. Les thèmes picturaux se sécularisent, et aux Madonne con bambino de Bellini succèdent les nymphes tentatrices d'un Botticelli, et Véronèse jouera de la contre-plongée pour diviniser l'homme nouveau !
Les peintres, grands architectes des imaginaires, devancent souvent les grands mouvements socio-politiques, puisqu'ils se font l'écho des mentalités de leur époque. Au défi que lance les artistes à l'imagerie catholique, va se conjuguer une remise en cause bien plus redoutable du pouvoir pontifical. Du fin fond de l'Allemagne, un obscur moine du nom de
Martin Luther, va provoquer un séisme prodigieux. En affichant ses 95 thèses à Wittenberg, en 1517, stigmatisant la corruption de l'Eglise et notamment le commerce des Indulgences, le religieux teuton va projeter l'Europe dans un tourbillon de guerres religieuses qui vont durer plusieurs siècles et déboucher sur le grand schisme de la chrétienté, entre catholiques et réformés.
De Martin Luther, au-delà de ses thèses réformatrices qui feront de lui le Père du protestantisme, il nous reste les portraits de Lucas Cranach, portraitiste à la cour de Frédéric III le sage, qui deviendra son ami, et le témoin du mariage du célèbre moine, en 1525. (D'ailleurs je me demande si Luther n'a pas attaqué l'Eglise catholique pour rompre, avant tout, son voeu de chasteté, travaillé qu'il était par ses pulsions libidinales ! Je suis un grand partisan des explications libidinales, en ce qui concerne les faits du Prince ...On ne peut comprendre l'action de Mao-Tsé Toung si on ne sait pas que l'Empereur rouge était avant tout un très chaud lapin qui avait besoin de chair fraîche ...)

















Cranach a un peu suivi le parcours du prophète des temps nouveaux. Commençant par une thématique religieuse, comme sa Crucifixion, il finira par évoquer des thèmes antiques comme ses Vénus, bien éloignées des canons de la représentation chrétienne de la femme !
Son ultime Mélancolie résume bien l'ambivalence du personnage et de l'époque, écartelé entre l'ancien Monde de Dieux, avec l'Ange et les chérubins, et ouvert sur l'avenir, avec cette société qui se sécularise, dans la trivialité d'une corbeille à fruits ou d'un chien assoupi.

















Pour ceux qui ont la chance d'aller à Londres, en ce moment, allez admirer les toiles du maître allemand à la
Royal Academy of Arts.

Avant de prendre un petit cour, avec Gainsbarre, sur la Vénus de Cranach, testez-vous sur votre connaissance des religions en répondant à ce
QUIZZ.



Tag(s) : #Peinture

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