"Dans l'obscure intimité du creux de la chaussure est inscrite la fatigue des pas du labeur. Dans la rude et solide pesanteur du soulier est
affermie la lente
et opiniâtre foulée à travers champs, le long des sillons toujours semblables, s'étendant au loin sous la bise. Le cuir est marqué par la terre grasse et humide. Par-dessous les semelles s'étend
la solitude du chemin de campagne qui se perd dans le soir. A travers ces chaussures passe l'appel silencieux de la terre, son don tacite du grain mûrissant, son secret refus d'elle-même dans
l'aride jachère du champ hivernal. À travers ce produit repasse la muette inquiétude pour la sûreté du pain, la joie silencieuse de survivre à nouveau au besoin, l'angoisse de la naissance
imminente, le frémissement sous la mort qui menace. "
Ce texte de Martin Heidegger sur Les chaussures de Van Gogh, extrait de Chemins qui ne mènent nulle part, illustre l'intérêt du philosophe allemand pour la poésie comme moyen
d'accèder à la vérité. A noter que la polémique sur le rôle du philosophe de la forêt Noire sous le nazisme, qui fut même
nommé, durant quelques mois recteur de l'université de Fribourg, a pris une acuité nouvelle avec le livre d'Emmanuel Faye, Heidegger, l'introduction du nazisme
dans la philosophie, et elle est loin d'être éteinte entre les tenants du Heidegger résistant et ceux qui accusent le philosophe de l'Etre et du Temps,
d'avoir collaboré avec le pouvoir nazi !
Ces chaussures me font aussi penser à un Un grand blond, avec une chaussure noire ...
Il y a 102 ans, le 28 septembre 1905, un obscur employé publie son dernier article dans la revue Annale de Physique. Dès Mars 1905, un certain
Albert Einstein avait publié : Sur un point de vue heuristique concernant la production et la transformation de la lumière ...gulp ...où l'auteur
redéfinissait la nature de la lumière, corpusculaire (et non ondulaire), composée de quanta, les futurs photons.3 articles avaient suivi, consacrant la plus grande révolution de la
physique moderne depuis Newton , prometteuse d'horizons nouveaux.
Né en 1876, le jeune Albert va vite se révéler très doué en mathématiques et en physique, et en 1896, il rentre à l'Ecole Polytechnique de Zürich où il
rencontrera sa première femme, Mileva. Personnage pittoresque, habité par sa passion dévorante de la physique, savant franc-tireur, le jeune étudiant est mal vu par ses
professeurs suisses et ses demandes de travailler dans leurs laboratoires sont refusées. La mort dans l'âme, Einstein abandonne ses prétentions universitaires pour
échouer dans un boulot obscur, à l'Office des brevets de Berne, en 1902, travail sans relief qui a le mérite de lui laisser du temps pour sa passion de la physique. Génial autodidacte, le jeune
homme dévore toutes les publications ayant trait à la physique et ...tout seul, loin des expériences en laboratoire, dans son bureau de Berne, va forger la théorie qui révolutionnera la physique
moderne, en redéfinissant la nature de la lumière, en remettant en cause le dogme du temps absolu et en soulignant l'équivalence entre l'Energie (E) et la masse ((M) multipliée par la Vitesse au
carré (C), la fameuse équation E=MC2 était née !
Prodige de la pensée, de la raison humaine, cette théorie est sortie des tréfonds du cerveau humain, sans s'appuyer sur aucune expérience, transcendence contre immanence,
métaphysique contre empirisme, Platon contre Aristote, la vérité n'est pas de ce monde ! Fulgurance du génie humain, le solitaire
Enstein aura révolutionné notre conception de l'univers dans son bureau devant ses bouquins ....
Prix Nobel en 1921, mondialement connu par la suite, ce héros de la science, fuira l'Allemagne d'Hitler et avertira le Président
Roosevelt de la probable puissance destructrice de la bombe nucléaire, terrifiante si elle tombait dans les mains du dictateur allemand, ce qui poussa les américains à
initier le projet Manhattan, pour développer la bombe. Conscient de l'effrayante invention destructrice de mondes, Einstein demandera, par la suite, l'arrêt des
recherches sur la bombe ...Il confessera, à la veille de sa mort : "J'ai fait la plus grande erreur de ma vie, quand j'ai signé cette lettre."
Ce pacifiste convaincu, violoniste amateur, vagabond de la science, professeur Tournesol de la physique avec sa chevelure hirsute et son apparence
dépenaillé, fut un géant de la science, le démiurge du XXeme siècle, qui bouleversa à jamais nos vies, il y eut un avant et un après Einstein.
En 1955, il alla rejoindre les étoiles qui l'avait tant aimées, son cerveau sera conservé à Wichita pour y être étudié ...conclusion ? Rien de particulier, le
cerveau était commun, Enstein était bien un homme !
Une recontre singulière, au croisement de l'avenue des Ternes, dans le 17 eme,
et du boulevard Gouvion Saint Cyr, une association improbable et céleste, celle
d'un génial écrivain irlandais et d'un marquis français, d'un buveur de whisky et d'un amateur de vin, d'un vagabond continental et du libérateur de l'Amérique, de James Joyce et de La Fayette ! Joyce l'artiste nomade, de Dublin à Trieste, de Zurich à Paris, où il resta 20 ans, pour s'échouer définitivement à
Zurich, fuyant le nazisme. La Fayette, artistocate libéral, rêvant d'aventures lointaines et de gloires incertaines, naviguant sur l'Hermione vers le
Nouveau Monde, pour buter l'anglais hors des Amériques. Ulysse qui rencontre un des vainqueurs de Yorktown, le poète qui défie le soldat. Un pub qui rend hommage à James Joyce, adorateur de la dive bouteille, un hôtel gratte-ciel qui
salue la mémoire du géant La Fayette, une rencontre anachronique qui défie le temps et les cieux, sur les boulevards parisiens.
23 septembre
1937, The Hobbit de John Ronald Reuel Tolkien sort en librairie. Inspiré des légendes celtiques du nord-ouest de l'Europe, l'épopée de Bilbo
Baggins et du mage Gris Gandalf est un véritable succès. Tolkien commencera alors à rédiger la trilogie "le Seigneur des
Anneaux" qu'il mettra quinze ans à écrire.
Né en Afrique du sud, orphelin très jeune, Tolkien sera élevé par un prêtre catholique puis par san tante en Angleterre. Il
survécut miraculeusement aux tranchées infernales de la Somme, et se voua, après la guerre, à sa folle passion pour l'étude des langues anciennes. Dès 1919, il crée le langage des Elfes, le
haut-elfique ou quenya, et se lance dans l'écriture d'un monde rêvé, par-delà les nuages du
temps. Diplômé d'Oxford en 1919, il sera nommé professeur de langue anglaise, qu'il enseignera jusqu'à sa retraite en 1959. On peut s'étonner que ce paisible enseignant, professeur
Tournesol des langages du passé, bon père de famille, puisse avoir imaginer une mythologie nouvelle, fondatrice d'une des plus grandes sagas du XXeme siècle. Bilbon, Frodon, Sauron, Aragorn, Gandalf, la Comté, le
Mordor, des personnages fantastiques qui se meuvent dans des contrées obscures et mystérieuses, cette Terre du Milieu qui va de la grâce elfique à la robustesse
naine, des faces hideuses des orques au gigantisme des oliphants, Tolkien va forger un prodigieux récit qui passionnera des générations de lecteurs ! 20 ans déjà que
j'ai lu la trilogie pour la première fois, et elle ne m'a jamais vraiment quitté depuis lors !
Cet affrontement gigrantesque entre les forces du Bien et du Mal, ce combat entre les hommes et les forces diaboliques de Sauron, possible métaphore de la guerre entre
les démocraties et l'hydre fasciste, en Europe, s'épuisent dans cet anneau elfique, doué d'un pouvoir étrange, allégorie du pouvoir absolu, qui ronge de l'intérieur tous les porteurs
éventuels.
. C'est le 2 septembre 1973, que le père de Bilbo s'éteint. Il avait demandé que soit gravé, pour lui, sur sa tombe, le nom de Beren. Il
rejoignit sa femme Edith disparue deux ans plus tôt, pour laquelle il avait fait graver Luthien. (Lúthien et
Beren sont deux personnages de l'univers qu'il a créé, la Terre du Milieu, le premier couple alliant elfe et humain). Il est enterré au cimetière Wolvercote à
Oxford.
30 ans plus tard, un dénommé Peter Jackson fera redécouvrir cette saga au monde entier ! Querneryë ar yestanë i anda tierya nan i Noldoron ostonnar.
Elle était étendue sur le sol herbeux ...frémissant
désepérément lorsqu'elle m'a vue...je lui ai donné de l'eau, qu'elle a lappée dans un dernier soupir ...je l'ai prise dans les bras, l'ai allongé dans un endroit plus confortable, sur le
frais gazon ...elle hoquetait ...puis s'est éteinte sous mon regard ...
Elle était depuis longtemps en sursis, gravement malade, elle était devenue aveugle et très maigre. Mais depuis ce temps, elle menait son petit train. Je l'accompagnais dans la pinède, elle se
roulait dans l'herbe sèche et se reposait dans la motte de fumier, attendant mes caresses. Daisy, un teckel à poil ras, vient de nous quitter ...à 13 ans ...elle aura vécu jusqu'au
bout sur cette terre de Provence, entre les oliviers et les pins, dans le maquis qui couvrait la colline. Demain, je l'enterrerai entre le jardin et le bosquet, dans cette terre écrasée par le
soleil qu'elle a tant aimée. Elle n'était ni l'animal machine cher à Descartes, dans ses Méditations
métaphysiques, ni humanisée dans son animalité, elle avait tout simplement la loyauté et la fidélité propre à son espèce, reconnaissante et caline ...je pense qu'elle aura vécu une
belle vie de chien.
Je lui lègue un brin d'éternité, en la faisant rentrer dans le monde virtuel de la blogosphère ...
Peut-être que les canidés ont une âme ...en tout cas, celui-là, il est plus doué que Tony Hawks. Il se serait bien entendu avec
Daisy...