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Mercredi 31 janvier 2007
 

Qu'il est curieux de voir le petit Nicolas encenser la politique de Tony Blair ! Les deux leaders ont le même sourire carnassier, la même obsession de l'image, la même stratégie. Tony, le travailliste, serrant la mimine de Nico, le gaulliste converti au libéralisme ! Quel curieux échiquier politique européen ...Blair, le chef du New Labour, serait certainement à l'UMP, si il était français. Je sais bien que le pragmatisme anglais ne s'est jamais vraiment bien entendu avec le marxisme dogmatique, et que la société des Fabiens, guidée par les Webb, avec l'aide de George Bernard Shaw et H.G.Wells, prônait un réformisme modéré, opposé à la lutte des classes, mais il est toujours surprenant de voir un parti dit "socialiste" se rallier aux lois du marché !

Blair exception européenne ? Pas vraiment ...en Allemagne, celà fait longtemps que le SPD allemand a rompu avec le marxisme, depuis 1959 et le fameux Congrès de Bad Godesberg. Dernièrement, le vote de l'Agenda 2010, initié par l'ancien chancelier Schröder, mélange d'économie drastique et de libéralisme, n'aurait même pas pu être rêvé par le président de l'UMP !!

Pourquoi cette asymétrie ? Pourquoi la gauche française est-elle aussi éloignée de ses confrères européennes ? Certainement parce que la France, pays de la Révolution Française, a été fortement influencée par le marxisme, notamment par le bais d'un Parti Communiste qui fut, longtemps, une des principales forces de la gauche. Parce que le soviétisme, modèle d'organisation étatique, se rapprochait de notre culture jacobine, dans laquelle l'Etat centralisait, planifiait, ordonnait ! Bref, notre échiquier politique est encore le plus à gauche en Europe, depuis la disparition du PC italien, et de la dérive "libérale" du New Labour, du SPD et du PSOE espagnol. Je me demande de quoi il parle, lorsqu'il se voit à l'Internationale Socialiste !

Cette singularité française génère de nombreux quiproquos, avec nos voisins européens, et s'est traduite par le rejet du Traité Constitutionnel Européen, en 2005, défendu par tous les socialistes du Vieux Continent, excepté par une partie des réformistes français. Mais force est de constater que la nouvelle candidate à la présidentielle, Ségolène Royal, lorgne méchamment vers le blairisme et qu'elle a écarté d'un revers de la main, l'aile-gauche du Parti socialiste, incarnée par Fabius et Jean Luc Mélenchon. Ségo va avoir quelques problèmes à se rabibocher avec ses anciens partenaires de la gauche plurielle, Marie-Georges Buffet a déjà précisé, aujourd'hui, qu'elle ne souhaitait pas gouverner avec Ségolène, en cas de victoire de la charentaise au présidentielle !

par Giraud Thierry publié dans : Politique
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Mercredi 31 janvier 2007

 Mon dieu quel peut être le lien entre ces trois personnages si différents .... la ville de Capri ? Bingo !

Hamilton Maccallum (1841-1896) est un digne représentant de l'Ecole anglaise, avec ses fameux "landscape". J'avais beaucoup aimé ce "Capri Boy" (1883), exposé à Londres, au Tate Britain, temple de la peinture anglaise et notamment de Turner. Ces variations bleutées autour d'un adolescent pêchant dans les eaux italiennes sont "azurement" étonnantes !

Gorki ? L'écrivain russe, qui suivit le sillon tracé par les bolcheviques, dut, pour des raisons médicales, s'exiler un temps dans l'île paradisiaque, dans les années 20. Il incarna toutes les ambiguïtés de l'intellectuel russe, taraudé par sa fidélité à la Révolution bolchevique et par son désir de liberté artistique. Devenu, à son retour de Capri en URSS, président de l'Union des écrivains soviétiques, choyé par Staline, le doute le minera, durant la Grande Terreur. Il meurt en juin 1936, peut-être assassiné par les médecins du Petit Père des Peuples.

Dernièrement, Jean-Marie Rouart, de l'Académie Française, a pu faire jouer sa pièce, Gorki, l'exilé de Capri, dans un théâtre de Moscou, le 30 octobre 2006, puis, à l'Espace Pierre Cardin, à Paris, jusqu'en janvier 2007 (cliquez ici pour voir la bande annonce de la pièce).

Mais Capri,  a aussi inspiré l'ineffable Hervé Vilard, chanteur de variétés, à l'air de chien battu, qui fit vibrer les coeurs des jeunes filles avec son "Capri, c'est fini ..." . 1965, déjà ... A noter que le léger Hervé est le fils adoptif de Daniel Cordier, secrétaire de Jean Moulin, marchand d'art (il découvrit Jean Dubuffet), et est l' auteur d'une bibliographie monumentale du grand résistant !

 

par Giraud Thierry publié dans : Peinture
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Mardi 30 janvier 2007
 

Dans la droite lignée d'un Marcel Duchamp qui scandalisait le bon bourgeois et le petit peuple avec ces "ready made", dont le fameux "Urinoir", Andy, brillant publicitaire, fils spirituel de Mac Luhan va influencer Wahrol, l'artiste... La pub est formatrice. Synthèse d'une approche commerciale et esthétique, elle est le nouvel eldorado artistique de la société de consommation ! Golden-boy du prospectus, prophète du message publicitaire, Andy le batteleur va forger Warhol le créateur. Surmonté de sa moumoute blonde platine, l'androgyne new-yorkais va créer sa "Factory" en 1963, son "usine" artistique, qui va produire, industriellement ses créations standardisées. Andy a pigé que sa "fabrique" doit chevaucher plusieurs montures à la fois, pianoter sur tous les mediums pour construire sa légende.

Producteur du groupe, The Velvet Underground, qui lancera Lou Reed, le mannequin "Nico", qui tourna dans la Dolce Vita, de Fellini, et eut un enfant naturel avec Alain Delon, Ari, ou John Cale, il se lancera aussi dans la production de films, une activité dans laquelle il sera extrêment prolixe, comme dans ses autres productions artistiques ! Celà va d'un court-métrage en hommage à Marcel Duchamp, à d'autres oeuvres cinématographiques, bizarroïdes, sans aucune narration, où Warhol s'amuse avec ses objectifs dans un état euphorique proche de la défonce comme dans Mario Banana I et II où un acteur de blanc vêtu, affalé dans un sofa, et surmonté d'une perruche, fait quelques simagrés pour nous séduire ...

Mais c'est en tant que mediateur du Pop Art, mouvement artistique né en Angleterre, que Warhol va rentrer dans le panthéon des célébrités universelles ! Le Pop Art ,rejeton pictural des icônes de notre société de consommation, fils incestueux des objets et des images qui la peuplent, va connaître un succès planétaire. Warhol et ses acolytes comme Raushenberg ou Jasper Johns vont tout simplement transfigurer le produit de consommation courante, l'arracher à sa fonction utilitaire pour l'exposer dans sa dimension artistique. La Campbell Soup, wahrolienne, répondra aux "Cans" de Jasper Johns et se sublimera dans sa Banane ... Mais le clou de son oeuvre sera évidemment, les sérigraphies de Marylin ou du Che, versions colorisées et sucrées répondant à la techicolorisation ou la disneylandisation de l'imaginaire ricain ! Les figures de la révolte comme Guevara étant digérées par la machine à colorer wahrolienne, ramenant le Che de sa figure ontologiquement rebelle à un simple message publicitaire voire un motif décoratif pour l'intérieur "in" d'un bo-bo.

Curieusement, Warhol fut victime d'une tentative d'assassinat, en juin 1968, par une féministe hystérique, auteur d'un manifeste anti-homme, le SCUM Manifesto (Society for Scutting Up Men=association pour mettre les hommes en pièces ), pour une histoire d'un sombre manuscrit "Up your hass", grimoire grotesque que la "chienne de garde" avait refilé au blondin peroxydé ! Miraculé, l'artiste d'affaires aura l'élégance de ne pas témoigner contre cette Valerie Solanas qui finira ses jours dans un hôpital psychiatrique !

Vers la fin de sa vie, ce provocateur de Warhol fut digéré, lui-aussi, par la machine à ingérer US, et deviendra un artiste "officiel", travaillant sur commande.

Epuisé par sa vie mouvementée, grand adepte des paradis artificiels et de la java permanente, l'albinos psychédélique s'éteindra, foudroyé par une crise cardiaque, en 1987. Dommage, Andy aurait été heureux de palper les 6, 1 millions d'euros de la vente de Flowers, 2005.

par Giraud Thierry publié dans : Personnalité
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Lundi 29 janvier 2007
 

Herschell Gordon Lewis est un peu l'alter-ego d'Ed Wood version gore ... Ce bon vieux Herschell commence sa carrière cinématographique au début des années 60, en produisant des "nudies", films de fesses de l'époque, où une paire de seins faisait déjà la joie de la gente masculine ricaine. Pour quelques centaines de dollars, des pin-up trouvées sur des pubs pour hot dog , HGL nous concocta du sous-film érotique bien nase, destiné aux salles indépendantes américaines, dans des bleds paumés et aux bordels clandestins. Mais le filon s'épuise vite ...au vu de la qualité, assez limite, du produit, certains distributeurs se disent qu'ils pourraient faire la même chose avec ...la caissière de leur ciné !

Mais ce rusé d' Herschell a plus d'un tour dans son sac et ne va pas se laisser décourager par des distributeurs peu scrupuleux qui se livrent à une concurrence déloyale ! Eureka ! Il a la fabuleuse idée de produire des films "gores", où des flots d'hémoglobine vont couler pour choquer l'américain moyen. Ce sera Blood Feast (ici pour la bande annonce !), en 1963.L'histoire ? Aucune importance, le but est surtout de faire du sanguignolent ! Un suave traiteur égyptien (non, non, pas un vendeur de kebabs ...), Souad Ramsès (On se demande où Herschell est allé pêcher ce nom ...) adorateur de la déesse Isthar se livre à un rituel macabre horrible, mutilant et bouffant des jeunes filles ! Ce premier film gore de l'histoire du cinéma, magré les crises qu'il provoqua auprès de la censure américaine, connaîtra un certain succès durant les séances nocturnes, dans les drive-in.

Epaté par ce premier succès, inespéré, HGL et son compère, David Friedman, un vrai boulet, dont il dira que la vénalité était insondable, se lancèrent dans 2000 Maniacs, un autre opus sanguignolent, qui montre trois couples d'américains en guoguette, tombés dans un bled paumé où l'activité préférée des braves habitants est de trucider, dans la joie et l'allégresse, les touristes égarés ! (Une petite bande-annonce) On assiste à un joyeux carnage festif dans l'Amérique profonde, entre la fête votive et la kermesse dominicale sur fond de musique country ... Les acteurs ? Les habitants du village en question, heureux d'être les héros d'un jour, saupoudrés de quelques playmates de bas étage qui passaient par là !

Mais encore une fois, le filon va vite s'épuiser. Les petits proprios de ciné disparaissent au détriment des majors, et les films de série Z, pas chers, qui faisaient la joie de l'amérique profonde disparaîssent. Herschell va alors faire des films-gore de plus en plus pourraves, avec trois dollars, 6 pences, avec des titres exotiques comme :

"La Sainte visite le pays enchanté de la Mère Oie", un chef d'oeuvre qui date de 1967, ainsi que le grand-guignolesque, Taste of Blood  ou "The Wizards of Gore", un opus dont le maître, en personne, se dit fort mari, de la piètre qualité artistique ...putain ...qu'est que ça doit être mauvais !

The Gore-Gore Girls ( mirez ce passage culte où le tueur badigeonne les fesses d'une victime hystérique avec du sang-tomato soup !) sera son dernier long-métrage, en 1972, avant de disparaître du paysage nanardesque américain. Ce brave HGL va alors mener une vie de labeur assez exotique, exerçant 1 000 métiers différents, de prof d'anglais, à vendeur de camelotes diverses, en passant par chef de rayons dans des supermarchés de quartier !

Et puis, 30 ans plus tard, voilà que ce désormais  vieux Monsieur, âgé aujourd'hui de 80 ans, ressort de sa boîte à coucou, porté aux nues par des fans transis, qui l'ont désigné comme "grand-papa du cinéma gore" ! HGL retrouve une première jeunesse, étonné par tant de salamalecs et d'honneurs, ravi que ses premiers amours nanardesques soient remakés par Hollywood !! Sacré Herschell, tu dois bien te fendre la poire !

 

 

par Giraud Thierry publié dans : Personnalité
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Lundi 29 janvier 2007
 

Istanbul, ancienne ville impériale, cité janusienne entre Occident et Orient, Asie et Europe, dont les centaines de minarets se reflètent dans les eaux célestes du Bosphore !

Contemplez les eaux de la Corne d'Or, du Pont de Galata (la photo) qui conduit à la Tour gênoise, symbole du passé commercial de la cité. Mirez le phare de Leandre, gardien muet du détroit.

La Turquie ce n'est pas l'Europe crient en coeur les tenants d'une Europe blanche fantasmée, les Sarko, De Villiers et autre Le Pen !

Pourtant, l'histoire de l'Empire Ottoman fut un long dialogue, souvent violent, avec les monarchies européennes. La prise de Constantinople en 1453, par le sultan Mehmet II, immortalisé par le portrait de Gentile Bellini, clôt le Moyen-Age et ouvre les Temps Modernes. En 1571, les forces navales hispano-vénitiennes, commandées par Don Juan d'Autriche détruisirent les vaisseaux de la Sublime Porte, lors de la Bataille de Lépante (Il faut avoir vu le Palais des Doges, à Venise, tapissé de tableau célébrant cet événement, pour mesurer l'écho formidable de cette victoire !), pour le contrôle de la Méditterranée orientale et le siège de Vienne, en 1683, fut le dernier soupir d'une tentative de domination continentale du grand Turc. Mais les Ottomans se taillèrent durant plusieurs siècles un empire européen, avec Chypre, Malte, la Grèce, la Bulgarie, la Roumanie, et une partie de la Yougoslavie. L'Albanie, la Bosnie, le Kosovo, à majorité musulmane sont des exemples vivants et parfois tragiques de cette occupation ottomane qui a profondément modifié les cultures locales.

Géographiquement, la Turquie moderne, issue du démembrement de l'Empire, décidé par le Traité de Sèvres, le 10 août 1920, garde, avec la Thrace Orientale, depuis le Traité de Lausanne (1923) un territoire sur le continent européen, certes minuscule, seulement 3 % du territoire turc, mais bien présent.

Politiquement, Mustapha Kemal mit fin au sultanat, le 1er novembre 1922, et sépara le pouvoir temporel du pouvoir spirituel (le califat). Issu de la mouvance des Jeunes Turcs, fasciné par l'Europe, Mustapha Kemal va entreprendre une oeuvre modernisatrice considérable ! La République est proclamée le 29 octobre 1923, elle s'inspire des principes édictées par la Révolution Française, notamment la sécularisation du pouvoir et son corollaire, la laïcité ! Il donne même le droit de vote aux femmes, en 1924, 20 ans avant la France ! La Turquie est donc aujourd'hui un des rares pays musulmans laïques et démocratiques.

Historiquement, géographiquement, et politiquement, tout relie la Turquie à l'Europe ! Certes, la non-reconnaissance du génocide arménien, par le gouvernement turc, reste problématique, mais n'oublions pas que la France, a mis un certain temps à reconnaître son rôle dans la déportation des juifs, durant la 2nde guerre mondiale et qu'il a fallu attendre un livre d'un certain Robert Paxton, au début des années 70, pour que l'hexagone se penche sur son trouble passé !

Je conseille aux turcophobes de faire un petit tour à Istanbul, pour mirer ce face à face muet entre la Mosquée Bleue et Sainte-Sophie, entre la Sublime Porte et la Byzance de Justinien, là, près de la colonne de Théodose, plusieurs siècles vous contemplent !

 

par Giraud Thierry publié dans : Villes et campagnes
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