Comment des jeunes banlieusards, vivant dans des cités, pas spécialement croyants ont-il pu se retrouver dans des camps d'entraînement d'Al-Qaida, en Afghanistan et finir
à Guantanamo ? Antoine Dreyfus, auteur des "Fils d'Al-Qaida" parle de deux générations de "djihadistes". La 1ere est partie à la fin des
années 80 pour bouter le russe hors d'Afghanistan, alors que la 2eme, la plus difficile à comprendre, arrive avant et après le 11 septembre, et sont, en général, bien intégrés dans la
so
ciété occidentale. Il est vrai que les kamikazes du 11
septembre étaient tous des diplômés de l'Université.
Alors Pourquoi ? Déficit d'intégration de ces jeunes beurs dans les sociétés occidentales ? (Antoine Dreyfus affirme le contraire !). Dynamisme de l'islam
radical relayé par la figure marmoréenne d'un Ben Laden, qui polarise le ressentiment du monde islamo-arabe envers l'hégémonie américaine et la politique israëlienne ?
Désoeuvrement et acculturation des Beurs à la recherche d'une culture originelle qui se dissout ? Où tout simplement goût de l'aventure, désir de retrouver certaines valeurs guerrières "nobles",
aujourd'hui perdus, remplacées par le matérialisme de notre univers individualiste et consumériste ?
Les derniers exemples de "djihadistes" français me feraient pencher pour la dernière solution ! Jeunes peu croyants, voire pas du tout, qui veulent redonner un sens
à leur vie sans saveur, la perspective de voyager, de combattre pour un idéal, retrouver le sentiment du "groupe", de la "communauté", rompre avec ces valeurs hédonistes occidentales pour
redécouvrir l'ascèse et le sacrifice !
Il faut relire George Steiner dans son essai pour une redéfinition de la culture,
Dans le
château de Barbe-Bleue, et ses variations sur le thème de l'ennui. L'enchevêtrement d'exaspérations, la sédimentation des désoeuvrements, l'usure des énergies
dissipées dans la routine. Le mot Spleen tel que l'emploie Baudelaire qui signifie une
attente sans objet, exacerbée et vague .
L'ennui et la mélancolie sont la Nemesis du positivisme, de la philosophie du progrès qui ensemença le 19e siècle. Le triomphe de l'homme,
Prométhée impie, qui se libère de ses chaînes pour asservir les forces de la nature et promettre un avenir radieux. Les romantiques avaient déjà bien compris que ce siècle scientiste, où
l'entrepreneur allait remplacer le guerrier, la raison bourgeoise triompher de l'idéal antique, allait se fourvoyer dans la banalité d'un quotidien cotonneux ! Musset dans les Confessions d'un enfant du siècle, fait part de son ennui devant l'exaltation de la geste napoléonienne.
Schopenhauer désigne le grand ennui comme le mal qui rongeait l'âge nouveau et Théophile Gautier criait son "plutôt la barbarie que l'ennui" ! Freud avait bien souligné, dans Malaise dans la
civilisation, la profonde tension qui existe entre notre "lissage" social et nos instincts profonds, dont celui de mort. L'instinct d'affirmation du moi, cette soif de la guerre ancrée
profondément dans tout individu, étouffés par les conventions sociales bourgeoises.
Les soldats perdus d'Al-Qaida sont, peut-être, les rejetons monstrueux de l'Occident hédoniste, crevant sous ses richesses, pusillanime et obèse !